Le mot de Pauline Masson

« Nous sommes à un carrefour. Nous vivons une faillite à l’époque où nous devrions vivre une renaissance. Soyons debout poétiquement et politiquement avec vitalité, même si elle est désespérée, dirait Pasolini. N’ayons pas de retard d’avenir. »

Jack Ralite

Debout, résistons et construisons poétiquement

L’Humanité, 3 mai 2017

« La poésie est le réel absolu. Plus une chose est poétique, plus elle est vraie. »

Novalis – Hymnes à la nuit

Lorsque le Parvis d’Avignon m’a fait la joie tout autant que la surprise, de m’inviter à imaginer sa programmation théâtrale pour l’édition 2017 du Festival d’Avignon, en février dernier, les délais exigeaient de déterminer rapidement les envies et la ligne à défendre.
Pour autant, le choix fut fait sereinement, non dans la précipitation, mais en raison d’une évidence éclatante à mes yeux : il est temps de redonner leur place aux mots, au verbe qui s’incarne et à la poésie. Sur scène, comme ailleurs.

La poésie ne sauvera peut-être pas le monde – mais je suis persuadée qu’elle y contribue.
Ma vocation de metteure en scène est née au contact de la poésie. Une langue, un choc, une fulgurance, la sensation de « respirer mieux » en rencontrant un auteur et son univers, voici ce qui me pousse à aller au plateau, par envie de partager à la fois le séisme sublime et l’apaisement avec les spectateurs.
Et je crois profondément que, s’ils peuvent être exigeants, les textes poétiques ne sont néanmoins pas élitistes et peuvent parvenir à tous et à chacun. Et apporter à la fois élévation et consolation, l’une et l’autre précieuses.
« Engageons-nous dans le langagement », voici ce que, reprenant Jean-Pierre Verheggen, j’ai proposé à Gabriel Dufay, Stanislas Roquette et Raphaël Sarlin-Joly, en les invitant à investir le Parvis d’Avignon à mes côtés lors du Festival.

Je leur ai également proposé de faire des créations in situ, c’est à dire d’utiliser cette ancienne chapelle comme elle est et pour ce qu’elle est, sans la défigurer, et de composer avec ses forces comme avec ses faiblesses.

Quatre metteurs en scène de la même génération, quatre auteurs, quatre propositions de formes et de durées différentes, toutes pensées in situ, et chacune ayant pour vocation de porter haut le verbe et la poésie dans toute leur force tellurique.

Pauline Masson

Metteure en scène, comédienne
Directrice de la programmation théâtrale pour l’édition 2017 du Festival d’Avignon au Parvis