© Clotilde de l’Eprevier

ENTRE CIEL ET TERRE

d’après JÓN KALMAN STEFÁNSSON

Traduction française d’Éric Boury

© Éditions Gallimard pour la traduction

Création

Du 7 au 9 juillet, du 13 au 16 juillet, du 20 au 23 juillet  et du 27 au 28 juillet à 14h 05

Tarif : 15 € Tarif abonné : 10,50 € – Âge : 14 ans et plus – durée : 1h20

Réservations : 06 63 68 33 60

Adaptation et mise en scène Pauline Masson

Avec Gabriel Dufay, Barbara Tobola, Susanna Tiertant

Regard chorégraphique Corinne Barbara

Composition musicale Susanna Tiertant

Production Compagnie Incandescence en coréalisation avec le Parvis d’Avignon avec le soutien de la compagnie Fabbrica

Avec le soutien de

A la recherche des paradis perdus

« Bárður avait été le dernier à sortir. Plongé dans le recueil de l’Anglais aveugle qu’un pasteur pauvre avait recomposé en islandais à ses heures perdues, il lit une nouvelle fois la strophe, ferme les yeux l’espace d’un instant et son cœur se met à battre. On dirait que les mots sont encore capables de toucher les gens, c’est incroyable, peut-être toute lumière ne s’est-elle pas éteinte en eux, peut-être que, malgré tout, il subsiste quelque espoir. »

Ils sont deux, au début d’Entre ciel et terre – le gamin, âgé de 20 ans, et son ami, Bárður, tous deux pêcheurs par obligation, par état de fait, parce qu’il semble que rien d’autre n’est possible, et tous deux férus de poésie. C’est ce qui les distingue et les rassemble au milieu de la communauté de pêcheurs, où cette inclinaison est considérée soit comme stupide, soit comme honteuse, en tout cas suspecte.

Ils sont deux, donc, cernés par les montagnes, la mer et le ciel, éléments fondamentaux qui se posent presque comme les personnages principaux du roman, immuables, régnant sur les existences, arbitrant la vie et la mort en fonction de leurs humeurs.

Ils sont deux, mais bientôt il n’y en a plus qu’un seul : occupé à retenir l’un des vers du Paradis perdu de Milton, dont on vient de lui prêter un rare exemplaire, Bárður oublie sa vareuse à terre, et meurt de froid en mer.

Dévasté, séparé du seul être qui le rattachait au monde, à son tour empli de doute face à la poésie, qui lui a ravi  son ami, le gamin prend une décision : l’ultime acte qu’il accomplira sera celui d’aller rendre Le Paradis perdu à son propriétaire car « c’est un devoir que de rendre les livres », puis il se donnera la mort.

Commence alors une longue et périlleuse marche dans le froid et la neige, marche initiatique pendant laquelle le gamin ne cesse de vaciller, entre tentation du renoncement et brûlant désir de vivre. Et ainsi, imperceptiblement, à son insu, débute le lent processus de deuil et de réparation, la consolation finale résidant au bout du chemin, dans la rencontre avec le mystérieux Kolbeinn, capitaine aveugle propriétaire du Paradis perdu et de 400 autres ouvrages, l’insolente Geirþrúður et la troublante Ragnheiður.

Œuvre magistrale au souffle épique, au verbe puissant et lancinant – on songe à Moby Dick d’Herman Melville, aux Travailleurs de la mer de Victor Hugo – le roman de  Jón Kalman Stefánsson me bouleverse en ce qu’il fait crûment état des doutes les plus abyssaux qui habitent l’être humain, et de la révolte fondamentale qu’éveille en nous l’idée de la mort et de la disparition, tout en étant porteur d’élévation et d’espérance.

Avec, pour refrain, comme une lueur à laquelle toujours se raccrocher, ce vers de Milton :

« Nulle chose ne m’est plaisir, en dehors de toi. »

Vers qui reflète, par ailleurs, toute la sensualité de l’écriture de Stefánsson. La sensualité dans son acception érotique et amoureuse, bien sûr, très présente dans le roman, mais également en tant que pur attachement aux sens – le toucher, l’odorat, le goût, l’ouïe, la vue – tous influencés par ces trois implacables titans que sont les montagnes, la mer, et le ciel ; la nature, dans tout ce qu’elle a de sublime comme d’impitoyable.

Ce roman me touche enfin en ce que, intrinsèquement poétique de par son écriture, il ne cesse d’interroger le rôle et la place de la poésie, sa vanité ou son essentialité – thème qui m’obsède et me meut depuis ma première création que furent Les Épiphanies, d’Henri Pichette, texte que je relie fortement à Entre ciel et terre.

Pour donner corps aux mots de Jón Kalman Stefánsson, j’ai choisi une forme volontairement simple de théâtre-récit, à deux voix, deux voix complémentaires, l’une féminine et l’autre masculine, permettant par instants le surgissement de scènes dialoguées et incarnées. Ce dialogue sera complété par de la musique, jouée en direct, la musicienne étant présente sur le plateau pour se fondre dans une réelle danse à trois avec les deux comédiens, et rendre dans toute son ampleur l’univers d’Entre ciel et terre.

Afin d’avoir tout l’horizon nécessaire et la longueur des lignes de fuite que m’inspire spontanément cette œuvre, nous nous inscrirons dans un dispositif épuré en bi-frontal, permettant trajectoires et errances, que nous sculpterons en lumière.

Mon but étant, avant toute chose, de délivrer aux spectateurs de la manière la plus délicate et la plus évidente possible la langue de Jón Kalman Stefánsson, en donnant à ces paradis perdus une force théâtrale.

Pauline Masson

©Julie Reggiani

PAULINE MASSON Compagnie Incandescence
Née en 1986, Pauline Masson a étudié à SciencesPo Paris et s’est formée à l’art de l’interprétation, successivement en Allemagne et en France, formation qu’elle perfectionne aujourd’hui au cours de stages avec des professionnels (École du jeu – Delphine Eliet). S’engageant un temps dans l’administration (attachée de production au Théâtre Vidy-Lausanne de 2009 à 2011, chargée du mécénat au Festival d’Automne à Paris en 2011), elle se tourne résolument vers le plateau en 2012 et collabore avec divers metteurs en scène (Charles Tordjman, Gabriel Dufay, Marie-Louise Bischofberger, Matj Forman…), en tant qu’assistante à la mise en scène et comédienne. Après en avoir donné deux lectures à la Maison Jean Vilar d’Avignon (Festival 2015), elle crée en octobre 2016 Les Épiphanies d’Henri Pichette au Théâtre de Suresnes Jean Vilar, repris à la BnF en mars 2017. En juillet 2017, elle assure la programmation du Parvis d’Avignon et crée son second spectacle, Entre ciel et terre, d’après Jón Kalman Stefánsson.