Les actes terroristes qui ont frappés notre pays et notre nation sont terrifiants par le nom de morts cyniquement revendiqué, aussi bien du côté des victimes que de celui des « martyrs » (1), mais plus encore par la déstabilisation morale profonde qu’ils opèrent en nous. Ceux qui viennent d’être assassinés au hasard sont innocents, mais comment en sommes-nous arrivés là ? Les meurtriers commettent gravement le mal, mais sommes-nous dans le camp du bien? Comme nous sommes à l’effondrement des Twin Towers, nous n’arrivons pas à appréhender la signification profonde et la portée d’un tel évènement. Le mal est malheureusement banal, la violence-voire la terreur-le deviennent, mais la cohérence et la puissance des structures collectives qui poussent à la destruction de son semblable excèdent les moyens de compréhension culturels, scientifiques ou intellectuels qui sont les nôtres. L’univers et la richesse de la personne humaine nous dépassent par leur grandeur. La systémique du mal, au creux d’une mondialisation qui se veut civilisation, elle, nous désespère de l’immense, généreux -et ambigu- projet d’une humanité meilleure.

Responsabilité

Le terrorisme, l’incapacité à intégrer les flux migratoires, l’incohérence de nos relativismes culturels et comportementaux ne sont que l’envers et l’endroit de notre difficulté à exercer la responsabilité et le discernement dans un monde devenu trop complexe, illisible Contradictoire. Nous ne sommes pas les vivants, ni innocents, ni coupables; Ni victimes, ni salauds, mais aussi tous les appels à une responsabilité dont nous ne dégageons plus les contours, le périmètre et les obligations. Comment être responsable quand on ne sait plus envers qui, jusqu’où et pourquoi? Les idéaux humanistes, les démocratiques, les républicains et les solidaires se rappellent à nous de manière à émouvante au moment de l’épreuve, mais sont encore opératoires. Quel homme voulons-nous défendre? Que veut-on dire effectivement par droits universels et imprescriptibles de la personne humaine? Notre responsabilité est plus élevée et plus radicale et plus diffuse, plus personnelle et plus collective: comment l’exercer pour que le désir de faire le bien devienne réellement structurant de la vie sociale?

Apprentissage

Nous sommes engagés dans une guerre religieuse, non pas en raison des actes qui ne sont que la destruction absurde de vies innocentes, mais leur justification s’adosse à un discours qui en appelle à la religion. Face à cela comment l’occident se positionne-t-il sur le terrain de l’Absolu, lui qui n’a plus de religion? Nous sommes engagés dans un choc de civilisation, non pas entre l’Islam ou le Tiers-Monde et l’Occident et l’Europe humanistes, mais il est extraordinairement difficile de discerner ce qui dans la mondialisation fait civilisation et ce qui L’empêche. Autour de quel bien commun, de quels priorités et partages pourrions-nous décider de nous rassembler? L’économie nous divise, la richesse nous oppose et les opinions nous dissolvent dans le grand vacarme de la communication.

Ce qui nous manque n’est pas un surcroît d’âme qui nous ferait nous propulser au firmament de nos idéaux et de nos rêves, mais une acceptation de la pesanteur et de la gravité, c’est-à-dire une humilité qui nous Fasse prendre en compte l’extrême fragilité de cette condition humaine qui nous livre si excès aux mains les uns des autres. Nous devons réapprendre à être humain ensemble, mais comment, quand, où et avec quels moyens? Et qui sommes-nous prêts à sacrifier ou à perdre pour cela? La culture d’une humanité radicale et partagée est encore à inventer et c’est pourtant celle à la révélation biblique nous prépare depuis 4000 ans.

1. Expression utilisée dans le texte de Daesh pour qualifier les terroristes
Samuel Rouvillois

Source: La Croix